Portraits

Anne-Sophie Ham

« Echanger et transmettre »

Anne-Sophie Ham a tout juste 19 ans lorsqu’elle décide de se lancer dans la formation du BPJEPS (brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport) que propose l’association Alpha. Sans baccalauréat, elle est alors, parmi les apprenants de sa session, la seule détentrice d’un BAFA.

« Une éducatrice spécialisée m’avait parlé de cette formation. Alors en contrat aidé, je venais juste d’obtenir mon BAFA après un passage par le Lycée Fred Scamaroni dans la filière ASSP (Accompagnement Soins et Services à la Personne) où je m’étais déjà un peu familiarisée avec l’animation sans pour autant aller jusqu’au Bac, puisque j’ai arrêté ma scolarité en première ». La suite de ce parcours sera donc neuf mois d’apprentissages dont elle tire aujourd’hui le sel : « Le BPJEPS, dont j’ai choisi l’option « Loisirs tous publics », m’a permis d’approfondir mes connaissances en matière de législation et de m’intéresser de plus près à la psychologie de l’enfant comme aux méthodes pour conduire un projet. A la fois théorique et pratique, cette formation a aussi été l’occasion d’apprendre dans des conditions appréciables : au sein d’une structure accueillante, avec des intervenants compétents et dans une dynamique de groupe enrichissante, puisque nous avions tous des âges, expériences et profils différents. »

De Prunelli di Casacconi à Bastia
Dans le cadre d’un service civique, Anne-Sophie a intégré dans la foulée l’association qui l’a formée (la nôtre), intervenant notamment en parcours d’éveil artistique et en soutien scolaire auprès d’enfants des quartiers sud de Bastia.
Vacataire à la mairie de Bastia, la jeune femme tout droit venue du Golo, est aussi présente chaque jour dans les cantines scolaires bastiaises, et a eu d’emblée accès aux fonctions de directrice adjointe des TAP (temps d’activités périscolaires) pour les écoles Venturi et Amadei. « Ce qui n’aurait pas été possible sans le BPJEPS », insiste-t-elle. Une façon de renouer avec sa propre enfance : « J’ai moi-même été en centre de loisirs. Tous les jeux que nous proposons, je les connais bien finalement ». Lorsqu’elle se projette, Anne-Sophie parle volontiers des colonies de vacances, auxquelles elle aimerait s’essayer en tant que professionnelle de l’animation : « Parce que c’est un autre rituel. Là vous êtes 6 jours sur 7 avec le public. »

« Le terrain fait grandir »
Au-delà, cette passionnée n’a pas vraiment d’idées arrêtées, l’essentiel étant ailleurs. « On ne choisit pas ce métier sans aimer la proximité et les échanges avec les autres, sans aimer transmettre. Après, très sincèrement, je ne vois pas de réelles différences entre enfants évoluant en milieu rural ou semi-rural, avec qui j’ai aussi travaillé, et enfants issus des quartiers urbains dits « populaires ». Dans tout groupe, il a des individus plus faciles que d’autres et, à moment donné, des tensions à gérer, y compris parfois avec les parents. Cela fait partie du boulot. Mais nous sommes là pour veiller à la sécurité et au bien-être de ceux que nous encadrons et auxquels il faut à tout prix éviter de coller des étiquettes. Quant à garder la bonne distance, cela s’apprend. Le terrain fait grandir. Il s’agit d’être patient. Comme d’ailleurs de se nourrir de l’expérience des personnes qui exercent cette profession depuis plus longtemps et que nous sommes amenés à côtoyer, le métier d’animateur étant avant tout pour moi un travail d’équipe même si certains se plaisent à le vivre en solitaires. »
Occupée à plus de 45h par semaine par ses diverses missions, Anne-Sophie se laisse un peu de temps encore pour s’investir dans d’autres projets professionnels. « Parce que je suis bien là où je suis. Et parce qu’il y a toujours à apprendre ».
A plus long terme, elle pourrait passer le concours d’animateur territorial, voire le DJEPS (diplôme d’Etat de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport). Fidèle à ce qu’elle a entamé et à ce qui l’anime, elle.

Dominique Boyer

« Sortir de l’isolement »

Dominique Boyer en est convaincue : face aux publics les plus néophytes, l’art a un pouvoir d’imprégnation totale.  Le rendre accessible à ceux qui en sont a priori le plus éloignés est aujourd’hui l’ambition de cette animatrice de 57 ans, dans la peinture et la poterie depuis toujours.

Formée par l’association Alpha, Dominique a intégré la session BPJEPS de 2014/2015. Son objectif principal est alors d’améliorer ses connaissances en droit afin de monter un projet et concrétiser un vieux rêve : ouvrir un atelier « Terre et animation » pour tous tous, et tout particulièrement pour les personnes à mobilité réduite. « Le BPJEPS n’a pas été que l’opportunité d’une professionnalisation. Il m’a sortie de mon propre isolement et m’a offert une autre ouverture sur le monde ». Si Dominique reconnaît ne pas avoir trouvé de travail aussitôt après la fin de son cursus et avoir touché à plusieurs activités pour vivre, elle invite les futurs animateurs à tout mettre en œuvre pour pratiquer au sortir de la formation. « Cela me semble capital pour ne pas s’éloigner d’acquis précieux en confrontant d’emblée les savoirs emmagasinés à la réalité du terrain. »
L’art est dans tout, l’art est pour tous
Son terrain à elle, ce sont aujourd’hui les quartiers sud de Bastia où, au sein de l’équipe Alpha, elle joue un peu le rôle de référent « Arts Plastiques », animant des ateliers pour enfants et personnes âgées, et intervenant à son tour comme formatrice auprès de nouveaux prétendants au BPJEPS. Un juste retour des choses : « Ces nouvelles responsabilités me confortent dans ma nouvelle orientation professionnelle que l’on pourra juger tardive mais qui est le fruit d’un véritable cheminement. Chaque jour, je m’étonne moi-même de pouvoir transmettre et partager ma passion. » Artiste ou animatrice à part entière ? Entre les deux, l’ancienne décoratrice en céramique n’a donc pas eu à choisir. Sans cesse les mains en action, elle assume ses préférences sans refuser la polyvalence de son nouveau métier : « Les arts plastiques sont pour l’animateur des incontournables. Il faut toujours avoir dans sa valise trois pinceaux et de la couleur. Après, ce qui compte n’est pas tant l’œuvre que le médium. C’est ce qui aujourd’hui me pousse de plus en plus vers l’art thérapie, à laquelle j’aimerais pleinement me former afin de pouvoir travailler un jour avec des autistes. » Et de le répéter avec force : « Il y a beaucoup à faire pour ouvrir un horizon aux plus fragiles ».

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